L’Enfer de Dante. Le défi en peinture

Si, au fil des siècles, les volumes miniaturés, les séries de dessins et les éditions illustrées ont fixé le canon iconographique de l’Enfer et sa diffusion, il ne faut pas oublier l’impact que les grandes icônes picturales ont eu sur l’imaginaire infernal moderne dans l’Europe entière.

Comme dans le langage des illustrations, l’agencement des histoires infernales représentées dans la peinture suit en général un plan récurrent. Les scènes sont rarement représentées en tant que telles et presque toujours introduites ou dominées par les figures de Dante et de Virgile qui, en spectateurs, animent les paysages des enfers par leur allure pensive, leurs gestes éloquents, leur attitude aulique. Et c’est précisément le contraste expressif entre l’humanité solennelle des deux voyageurs et la déshumanité affligeante des damnés qui donne aux images toute leur force visuelle et qui inspire les différentes lectures de Dante selon les époques.

Alors qu’au début du XVIIème siècle, l’artiste siennois Rutilio Manetti et le napolitain Filippo Angeli voient dans l’enfer un terrain où expérimenter des effets de lumière, entre ténébrisme caravagesque et théâtralité prébaroque, dans la très célèbre Barque de Dante (dont l’exposition présente une copie de petite taille réalisée par Manet) Delacroix prouve combien la lecture de Dante est complexe à l’époque romantique. Une lecture qui recherche dans la Comédie non plus la perfection allégorique et doctrinale, chère à la culture académique, mais la vision convulsée, la furie, le trouble que seul Michel-Ange a su exprimer dans le Jugement universel de la Chapelle Sixtine.

Les flammes, les boues immondes, les glaces des paysages infernaux où les supplices des damnés ont lieu deviennent un terrain d’essai pour la grande peinture de la deuxième moitié du XIXème siècle, surtout en France et en Italie, où éléments classiques et éléments romantiques se marient selon un nouveau procédé académique savant et scénographique, comme dans le chef-d’œuvre monumental de Gustave Doré qui sert de toile de fond de l’exposition.