Dante auteur de la Divine Comédie

Retrouvée dans sa totalité quelques mois après la mort de Dante, probablement au printemps 1322 déjà, la Comédie connaît immédiatement un immense succès, comme en témoignent aujourd’hui encore les nombreux manuscrits du XIVe siècle qui ont réchappé au déluge de l’histoire.

Pourtant l’œuvre ne devait pas être de lecture facile. L’obscurité allégorique de certains passages, la complexité de la structure narrative et la difficulté engendrée par la formidable culture doctrinale de l’auteur justifient la quantité de commentaires écrits et d’illustrations qui tentent d’en guider la compréhension et l’interprétation et qui contribuent à fixer peu à peu ce qui deviendra le canon de référence de l’imaginaire supraterrestre et, en particulier, de l’imaginaire des enfers. En effet, Dante offre, dans le premier des trois cantiques surtout, des scènes, des histoires, des paysages et des allégories qui se prêtent à une transposition visuelle et à la création d’iconographies inoubliables.

Les originaux de la Comédie ayant été perdus, les exemplaires les plus anciens dont nous disposons datent d’une dizaine d’années après la mort du poète puis ils se multiplient durant la deuxième moitié du XIVe siècle et, à partir de ce moment-là, la transmission et la propagation géographique du poème se font de manière extrêmement rapide. L’exposition donne également à voir un grand nombre d’exemplaires de la Comédie datant du XVe siècle d’une valeur inestimable ; une mine particulièrement riche d’informations qui permettent non seulement de comprendre la pénétration géographique et sociale de l’œuvre mais aussi d’approfondir l’étude des manuscrits, des copistes et des miniaturistes ainsi que des centres de copie et de production de l’œuvre dantesque.

La diffusion de la Comédie dans la deuxième moitié du XVe siècle, déjà vaste et hétérogène, s’amplifie ultérieurement avec l’avènement de l’imprimerie. Après l’editio princeps, imprimée à Foligno en 1472, le Cinquecento est marqué par l’impressionnant succès éditorial et culturel de La Divine Comédie, qui prend pourtant fin en même temps que le siècle. Quant au XVIIe siècle, aussi appelé le « siècle sans Dante », il ne compte que trois éditions et représente la période la plus sombre de l’histoire de la tradition manuscrite et imprimée de la Comédie dantesque.

L’intérêt pour le poème renaît au XVIIIe siècle, tout d’abord dans le cadre de l’illuminisme tardif et du préromantisme de la culture française, allemande et anglaise, mais aussi porté par un intérêt toujours vif pour la civilisation médiévale et par le succès de certains épisodes plus populaires du poème.

L’actualité littéraire et politique de Dante et, parallèlement, la fortune visuelle de son effigie reviennent sur le devant de la scène durant la période qui va du Néoclassicisme au Romantisme, se propagent durant tout le XIXe siècle en Europe et finissent par forger le véritable culte de Dante qui, au cours du XIXe siècle italien, a incarné dans tous les arts et dans la littérature l’idéal de l’unité de la langue et de la culture, à la base du parcours vers l’unification nationale.