Ugolin/Paolo et Francesca

Giuseppe Frascheri Francesca da Rimini, 1846 Genova, Musei di Nervi – Galleria d’Arte Moderna

Trascrizione

Le texte du catalogue de Lucia Battaglia Ricci identifie dans la terrible scène d’Ugolin et ses enfants reclus dans la tour de la faim, le sujet qui contribue en premier à libérer, dans l’histoire pluricentenaire du Dante en images, les récits des personnages rencontrés par le pèlerin, du texte et de l’histoire constante qu’il transmet avec ses coordonnées morales et doctrinales rigoureuses.

C’est avec l’histoire d’Ugolin justement que Dante suscite l’intérêt d’artistes anglais, entre les années 1760 et le tout début du XIXe siècle, comme Reynolds, Füssli, Flaxman et Blake. Par la suite, on assiste à un véritable déluge de tableaux destinés à mettre en relief d’autres histoires – en particulier celle de Paolo et Francesca, pour laquelle on compte plusieurs centaines de représentations visuelles.

William Blake, en représentant Paolo et Francesca dans ses aquarelles réalisées entre 1824 et 1827, accepte l’amour du couple, bien plus que ce que ne l’avait fait Dante. Le tourbillon qui les entraîne ressemble à une flamme naissante. La figure couchée sur le dos de Dante semble rêver. À quoi rêve-t-il, le Dante de Blake ? Il rêve autant à l’élévation conjointe des deux âmes qu’à l’éternité glorieuse de leur amour, et les deux images distinctes représentent les deux concepts.

L’utilisation de la double image correspond à celle des similitudes employées par Dante pour offrir deux points de vue sur ce qu’il décrit. Dans l’aquarelle numéro 45, Blake emploie même une image pour représenter l’action racontée par Dante et une deuxième pour la comparaison avec laquelle le poète l’enrichit.

Au XIXe siècle, les artistes extraient encore des moments qu’ils sentent proches de leur sensibilité de la représentation du voyage de Dante pèlerin qui, comme nous l’avons vu, a un succès plus affirmé.

Souvent ils réalisent des tableaux capables de vivre de façon autonome. Les différentes « histoires » obéissent aux mains des artistes, prennent les sens les plus différents, parfois même résolument anti-dantesques dans certains cas. L’exemple le plus symptomatique est encore une fois Ugolin : un traître, pour Dante, voire un père qui s’est nourri de la chair de ses enfants.

Une fois extrait du livre et de la construction narrative et idéologique précise de l’Enfer de Dante, le Comte pisan peut être représenté et perçu non pas comme un traître, mais comme trahi, voire adopté, comme une victime du pouvoir, un symbole de liberté. L’opération de La barque de Dante de Delacroix, à laquelle nous avons fait allusion au point précédent, est similaire. En effet, la toile fut immédiatement adoptée par les contemporains comme un véritable manifeste du Romantisme. De même, la sculpture Le baiser d’Auguste Rodin est un exemple d’appropriation. Evolution des Paolo et Francesca réalisés pour la Porte de l’Enfer, la statue devient l’image de la passion amoureuse, sans référence à la réflexion dantesque complexe sur le combat entre passion et raison.

Pour Dante, chaque histoire enregistrée dans le poème s’appuyait sur un équilibre complexe entre passions humaines et certitudes morales inébranlables. Le XIXe siècle gomme ce système. Au fond, selon des modalités fort peu éloignées des appropriations des premiers siècles, quand Dante était appelé à soutenir au fur et à mesure chacune des cultures prédominantes.