Trascrizione
L’Enfer de la Divine Comédie est aussi un paysage, un extraordinaire édifice, et Dante en est le plus grand architecte. Non seulement pour la construction précise du poème, mais aussi - comme le souligne Laura Bossi dans le texte qui accompagne l’exposition - pour le soin extrême qu’il dédie à la description de l’architecture de l’Enfer. Il existe une espèce de « plan d’urbanisme » rigoureusement géométrique qui élimine tout résidu de chaos. L’intellectuel citadin construit un enfer ordonné, une ville souterraine qui prévoit des accès surveillés, des routes, des portes, de hautes enceintes gardées par de monstrueuses sentinelles.
Observez les détails de l’illustration de Sandro Botticelli dans l’exposition : le cône renversé de l’Enfer est subdivisé en neuf cercles descendants, disposés en huit niveaux comparables aux gradins d’un amphithéâtre (le cinquième et le sixième cercle se trouvant au même niveau), qui se restreignent au fur et à mesure que l’on approche du centre de la terre, dans lesquels les damnés sont placés selon la gravité croissante des fautes.
La chute de Lucifer, au centre de l’hémisphère austral a créé le cône renversé, avec le diable enfoncé tête en bas au centre de la terre – la tête et le buste dans l’hémisphère boréal, les lombes et les jambes au sud. Vous pouvez imaginer les terres déplacées par cet impact, qui vont former un autre cône, inversé : la montagne du Purgatoire, exactement aux antipodes de Jérusalem.
La cosmologie de Dante est donc « diabolocentrique ». Lucifer est au centre de la terre. Et même au centre de tout, vu que la terra est le centre de l’univers, d’après le système aristotélicien-ptolémaïque.
La configuration de l’Enfer de Dante n’a pas cessé de stimuler la réflexion des chercheurs jusqu’à nos jours. Un historien de l’art allemand, Roland Krischel, a consacré un important essai à l’influence que l’« entonnoir » infernal dantesque aurait pu avoir sur le projet du Théâtre anatomique de Padoue, construit entre 1592 et 1594 dans le Palais Bo. Krischel avance aussi l’hypothèse audacieuse selon laquelle Galilée aurait joué un rôle dans la conception du Théâtre, étant donné l’amitié qu’il entretenait avec les personnes impliquées dans le projet, et sur le passage des Leçons sur l’Enfer de Dante où Galilée écrit « cette immense caverne est divisée en huit niveaux qui diffèrent entre eux par l’éloignement du centre plus ou moins grand ; si bien qu’en descendant d’un niveau à l’autre elle devient plus étroite. »