Dante auteur de la Divine Comédie

Dante Alighieri La Divina Commedia illustrata, XIV secolo Paris Bibliothèque nationale de France, ARS – Bibliothèque de l’Arsenal

Trascrizione

La Divine Comédie de Dante a été interprétée de maintes manières. Après les premières décennies de sa publication, il s’affirma une interprétation allégorique du « poème sacré ». Mais, dans la culture de la Renaissance, Dante fut perçu comme un poète néo-platonique. Et, plus tard encore – à l’époque du Risorgimento romantique – il revêtit le rôle de poète romantique et prophète de la nouvelle ltalie.

En tout cas, dès qu’elle sortit pour la première fois dans son intégralité, au printemps 1322, la Divine Comédie rencontra immédiatement un succès retentissant. La complexité de l’opération et la nouveauté singulière d’un texte qui racontait, à la première personne, le voyage dans le monde des morts d’un écrivain pour ainsi dire contemporain provoquèrent immédiatement une pléthore de commentaires écrits.

Ainsi que les illustrations qui contribuèrent à planter durablement le « décor de l’éternité ».

Dante avait utilisé à foison l’imaginaire visuel à sa disposition mais l’Au-delà qu’il avait remis aux lecteurs était au fond tout à fait personnel, très nouveau et complètement revisité.

Lucia Battaglia Ricci, dans son texte du catalogue, démontre combien il fut difficile aux premiers illustrateurs de la Divine Comédie d’imaginer ces nouveautés. L’image de Lucifer, par exemple, et sa place précise au sein du cosmos de Dante n’adoptent une physionomie certaine qu’à la fin du XVe siècle, avec Sandro Botticelli.

Dans le Jugement dernier de la chapelle Sixtine, Michel-Ange ne représente pas le texte littéraire mais un débat philosophique et théologique. Toutefois ses représentations, imaginées pour transmettre des leçons morales et des suggestions émotives, sont aussi un hommage à Dante Alighieri, qui était intervenu dans la réalité chaotique de l’Enfer dépeint qu’il connaissait et avait innové, en construisant un système pénal ordonné et rationnel. L’impact sur la tradition figurative successive a été énorme et les livres enluminés contribuèrent de façon décisive à cette véritable révolution.

Dès les témoignages illustrés les plus anciens parvenus jusqu’à nous, un type précis d’images obtient un franc succès : Dante qui traverse les mondes supraterrestres en compagnie de ses guides. Il s’agit d’un véritable canon iconographique qui s’est imposé jusqu’aux éditions modernes de la Divine Comédie. Les images qui, à l’ouverture du livre devaient orienter la lecture d’une œuvre déconcertante comme la Divine Comédie font aussi partie de ce canon, comme par exemple les différents Dante endormi ou Dante méditant. Elles servaient à donner un prétexte à ceux qui se posaient la question, inévitable pour les premiers lecteurs de ce qu’était vraiment la Divine Comédie ? Une pure invention littéraire ? Ou, au contraire, la chronique d’un voyage dans le monde des morts effectivement accompli par Dante Alighieri, inscrit sur les registres de l’État civil de Florence et exilé à Vérone ? Peut-être était-ce le récit d’une vision mais réellement expérimentée par Dante ? Et enfin : l’auteur de la Divine Comédie était-il « seulement » un poète ou plutôt un poète inspiré par Dieu ? L’image du Dante endormi cherchait à y apporter une réponse.

En tout cas, entre la fin du XIVe siècle et le début du XVe siècle, il circulait de très nombreuses images de l’auteur dans son bureau, parfois avec le livre à la main. A la fin du XVIe siècle, dans l’impression intitulée Dantes Aligerius Florentinus Poeta, Giovanni Stradàno a disposé autour du buste du poète, outre les images de Béatrice et de Virgile, les graphiques qui synthétisent ses inventions topographiques. Vous pouvez voir les illustrations de Stradano dans la première partie de la salle quatre de l’exposition.

Toujours à la fin du XVIe siècle, Federico Zùccari réalisa en Espagne les quatre-vingt-huit dessins de son monumental Dante historiato. Sur le frontispice, le poète montre son livre ouvert au vingt-cinquième chant du Paradis.

On enregistre des opérations de ce genre également au XIXe siècle, quand on recommence à traduire en images le personnage de Dante, les histoires de ses personnages et les épisodes, vrais ou inventés, de la vie de Dante Alighieri. Au début du siècle, William Blake représente l’auteur occupé à une espèce de dialogue avec Ugolin, que l’artiste anglais considère comme la victime de la sévère doctrine catholique des péchés partagée par Dante.

Dans une tout autre perspective critique, dans les année 1840, Carl Christian Vogel von Vogelstein dépeint Dante en train de composer son œuvre inspirée de Dieu, assis sur le tombeau de Béatrice, dans une sorte d’édifice religieux qui rappelle la façade de la cathédrale d’Orvieto, et visualise les dix « étapes » du voyage du personnage de Dante.