Trascrizione
Dans les siècles précédents le récit de Dante, le Diable avait été caractérisé comme une figure plutôt ridicule. Ses tentatives de corruption de la nature humaine étant considérées comme banales et facilement résistibles. Dans la Divine Comédie, les traits maléfiques du Démon sont accentués, tandis que les peines infligées aux pécheurs dans les différents cercles de l’Enfer captivent l’imaginaire collectif au cours des siècles suivants.
Surtout à partir de la scission luthérienne, les péchés capitaux atteignent l’apogée de leur popularité. La vision de Tondale, écrite par un moine irlandais, en est un exemple. Elle raconte le voyage initiatique du chevalier du même nom, grand pécheur, contraint de visiter en rêve l’Au-delà et d’assister aux tourments infligés par des êtres démoniaques. Son voyage infernal est rendu par les symboles liés aux sept péchés capitaux : le rat noir incarne la luxure ; les pièces d’argent, l’avarice, et ainsi de suite.
Selon Maria Bolaños – qui aborde le sujet dans l’un des essais du catalogue - le vrai héros de la tentation, aussi bien dans les textes littéraires que dans les arts visuels, est toutefois saint Antoine.
L’exposition offre de nombreux exemples d’interprétations picturales du personnage du saint, de Jan Brueghel à Paul Cézanne, en passant par Lucas Cranach et Odilon Redon.
Considéré comme le fondateur du monachisme chrétien, Antoine naît en Egypte en 251 et, encore jeune, il se défait de ses biens et se retire dans le désert pour se dédier à prière, à l’abstinence et la méditation. Bien vite cependant, plus qu’une vie contemplative, sa vie devient une cohabitation forcée avec les tentations du Diable. Les disciples du saint racontent que, pratiquement chaque jour, d’innombrables démons cachés dans sa grotte ou postés dans le désert, à l’apparence animale ou humaine, cherchent par tous les moyens à le pousser au péché – soit d’orgueil, soit de gloutonnerie ou de paresse, mais surtout de luxure et d’avarice.
À partir de 1470, la légende de saint Antoine devient l’un des thèmes de prédilection des commettants et artistes. L’un des exemples les plus illustres, ici à l’exposition, est l’œuvre de Jan Brueghel l’Ancien intitulée la tentation de Saint Antoine, où l’ermite est entouré d’êtres démoniaques qui cherchent à le distraire des écritures sacrées et le faire sombrer dans le péché en le séduisant avec de très belles jeunes femmes. Le sujet était donc encore en vogue quand Brueghel peignait au début du XVIIe siècle ; l’obsession pour le péché était très forte parmi les protestants et les catholiques. En tout cas, la peinture est innovante parce qu’elle accorde une grande importance au paysage et à la perspective aérienne sur un fond de magnifique ciel nordique.
La peinture prend encore plus d’épaisseur si l’on considère sa destination d’origine : la Aprobaciòn de Valladolid, première prison pour femmes espagnole qui se proposait de corriger la « libertad, disoluciòn y rotura » de nombreuses femmes de l’époque.