Les enfers domestiques

Neapolitan theatre: Inferno, 1920 Palermo, Museo internazionale delle marionette Antonio Pasqualino

Trascrizione

L’Opera dei Pupi siciliens – aujourd’hui sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco – naît à la fin du XVIIIe siècle. Dans son développement, on mélange la tradition du théâtre de marionnettes italien avec le récit oral de l’histoire des paladins de France. Les premières histoires racontées avec ces marionnettes en bois étaient celles des « vastàsi », les travaux pénibles. Au XIXe siècle, on y greffe les sujets du Cycle carolingien et de la Chanson de Roland. Les marionnettistes puisent dans ce répertoire parce qu’il les aide à mettre en scène des luttes pour remporter les batailles du quotidien. La faveur des classes populaires de Palerme est instantanée et durable.

L’Opera dei Pupi représente volontiers des histoires de magie, qui est vue par les marionnettistes et le public non pas comme un recours au surnaturel, mais comme une activité humaine qui procure du pouvoir à l’aide des démons.

Parallèlement aux histoires chevaleresques de valeureux guerriers, de batailles et d’amours, il existe un monde fantastique de magiciens et magiciennes qui avec leurs « arts », les enchantements et les sortilèges, piègent, trompent et déterminent le cours des événements.

Les magiciens de l'Opera dei pupi évoquent des diables. Le magicien se retire dans un bois, dans une grotte ou une pièce. Parfois, il se place face à un décor représentant la « bouche de l’Enfer ». Souvent le magicien frappe la terre de son pied : la marionnette fait brusquement un pas et le marionnettiste fait retentir la scène. Ou bien la marionnette tourne trois fois sur elle-même en faisant virevolter sa cape. Les enchantements qui servent à invoquer les démons sont constitués de vers, parfois ils sont composés par le marionnettiste lui-même.

Les magiciens invoquent les diables et les obligent à les servir. Ces esprits sont représentés d’après l’iconographie chrétienne, avec une queue, des ailes et des pattes de bouc ; ils apparaissent et ils disparaissent en volant dans un bruit de chaînes, de tonnerre, la fumée et les flammes ou bien des effets spéciaux de lumière ; ils parlent avec une voix caverneuse et un peu monocorde, en commençant par la formule : « À vos ordres, maître ! ».

Chaque magicien a à son service des diables spécifiques. Dans la région de Palerme, le magicien Malagigi invoque en général Naccalòne, un bon bougre de diable sur lequel se répercute la sympathie dont jouit son maître auprès du public, ou bien Cricchi Ignazio, Sciordacchino ou encore Calcabrina ; la magicienne Carandina a Fècalo, le magicien Araspàse a Piedicotti, la magicienne Fallerina a Satan et la fée Alcìna invoque Vertùno. Certains monstres et quelques animaux, comme le cheval Baiàrdo et le cheval Rabicàno, sont expressément définis comme magiques. D’autres, comme l'hippogriffe, bien qu’ayant des caractéristiques extraordinaires qui semblent magiques, sont définis dans les textes comme naturels.

L’installation présente dans l’exposition documente ce système complexe de représentations. Les pupi témoignent du besoin humain de recourir à la sphère de la magie et du sacré pour donner un sens à la réalité où ils vivent, quand la raison seule ne parvient pas à mettre de l’ordre au monde.