La chute des anges rebelles et la création de l’enfer

Francesco Bertos (?) La caduta degli angeli ribelli, 1725 – 1735 ca. Vicenza, Banca Intesa San Paolo, Gallerie d’Italia – Palazzo Leoni Montanari

Trascrizione

Dans la Bible, la création de l’Enfer est étroitement liée à l’idée d’une rébellion des anges, dirigés par Lucifer.

Cette œuvre est une extraordinaire interprétation du thème de la chute des anges rebelles. Elle fut commandée par Marcantonio Trento, chevalier de l’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, et pourrait donc évoquer l’engagement militant des Chrétiens dont saint Michel est le protecteur. Taillée, entre 1706 et 1739, dans un bloc unique de marbre, elle suscite depuis toujours l’étonnement et l’émerveillement. Un émerveillement qui fut aussi celui de l’écrivain américain, Herman Melville, qui la vit en 1857 et en fut frappé au point de lui dédier une conférence à Cincinnati. À la base de la composition, en position érigée, on remarque le superbe Lucifer lequel, armé d’une fourche, pointe son index tandis que tout autour ses compagnons déchus se transforment déjà en diables.

Mais, à propos, où se trouve l’Enfer selon la Bible ? Les indications sont rares.

Laura Bossi, dans son essai L’inferno. Una topografia del male, énumère quelques descriptions trouvées dans l’Ancien Testament : tombe, profondeur de la terre, royaume des morts, royaume où les morts ne peuvent louer Dieu. Le livre de Job parle aussi d’obscurité, d’ombres, de nuit et de « portes » de la mort. Quand les peines éternelles sont évoquées, on parle de vers, de feu, bref d’images liées au destin du cadavre.

C’est dans la littérature apocalyptique, en particulier dans la vision du Livre d’Énoch, que l’on trouve une description de l’enfer comme prison des anges rebelles : un lieu terrible, un abîme flamboyant. Non seulement les anges rebelles mais les rois et les puissants de la terre, ceux qui ont commis des injustices, des fraudes et des blasphèmes y sont enchaînés et torturés à tout jamais.

Dans les Évangiles, l’Enfer occupe par contre une place secondaire et c’est quasiment toujours la Géhenne, un terme qui renvoie à la topographie juive. La Géhenne est, en effet, une vallée creusée par le torrent Hinnom au sud du mont Sion - en hébreu, Guei Hinnom signifie vallée de l’Hinnom – lieu où, du temps de l’antique Canaan, on sacrifiait les enfants au culte de Moloch et qui servit par la suite de décharge aux déchets de la ville et à l’incinération des cadavres des délinquants.